La Tunisie tiraillée entre manifestants et casseurs

© Nacer Talel pour HuffPost Maghreb

Les faits -AFP- Si des manifestations pacifiques sporadiques ont débuté la semaine dernière dans le pays, la contestation a dégénéré en émeutes dans la nuit de lundi 8 à mardi 9 janvier, où des heurts ont éclaté après la mort d’un homme durant une manifestation.
Au cours de la nuit suivante, 49 policiers ont été blessés et 206 personnes ont été arrêtées. Des fourrières, des bâtiments publics et des magasins ont également pris pour cible, a indiqué le porte-parole du ministère de l’Intérieur Khlifa Chibani, qui a accusé les casseurs d’avoir été payés par des meneurs politiques.
Un supermarché de la banlieue sud de Tunis a été pillé mardi 9 janvier au soir par des jeunes qui ont volé argent et marchandises. L’armée a été déployée autour de banques, Postes et autres bâtiments gouvernementaux sensiblesdans les principales villes du pays, a indiqué le ministère de la Défense.

Commentaires de Ilaria Guidantoni, Tunis le 12 janvier 2018 

Le peuple du jour et le peuple de la nuit

Les informations sont de plus en plus difficiles à trouver, car chacun exprime son opinion d’une manière tout à fait émotionnelle. Il faut distinguer deux niveaux: celui des manifestations, qui se sont déroulées plus ou moins régulièrement et celui du hooliganisme nocturne qui n’a rien à voir avec la révolte populaire.

Les manifestants ont demandé le retrait du budget 2018.  La vie est de plus en plus chère toutefois, le prix des denrées alimentaires quotidiennes ont peu augmenté, par exemple celui du sucre qui n’a cru que de 0,98%. La baisse des prix risque de devenir tout simplement un médicament d’urgence alors que le pays a besoin de remèdes de longue durée. Il serait indispensable – comme le déclarait Hamma Hammami, leader du Parti du Front Populaire dans une interview à Kapitalis, en réponse à une critique dure du Premier Ministre, Youssef Chahed, qui l’accusait de complicité avec les ravages nocturne – de définir et mettre en œuvre une stratégie à moyen terme afin de redresser l’économie et la situation budgétaire.

Or, il convient d’insister sur le fait que les casseurs qui organisent les razzias nocturnes sont manipulés, démontrant que le chemin pour une démocratie réelle est encore long. Il s’agit des personnes qui n’ont rien à voir avec les manifestants comme si en Tunisie cohabitaient maintenant deux populations : celle du jour et celle de la nuit. Hamma Hammami a condamné toute forme de violence et invité les gens à manifester sous le soleil. Il a aussi critiqué l’introduction des nouveaux impôts car c’est une décision en fonction des exigences du FMI et non de celles du Pays. L’État doit assurer le droit au travail,  bien sûr, mais les gens doivent apprendre que le travail est aussi un devoir et qu’il faut travailler bien.

On a l’impression que l’information mélange deux choses qui ne peuvent pas l’être. Il ne faut pas en tout cas faire croire que la situation va s’arranger grâce à quelques concessions de la part du gouvernement. Le problème de la croissance de la délinquance, proche d’un phénomène mafieux, existe, depuis longtemps et le risque est qu’elle soit infiltrée par des terroristes qui peuvent en profiter – tout comme les pilleurs profitent de la situation sociale très chaude -, à la veille du septième anniversaire de la Révolution, le 14 janvier prochain.

Commentaires en dessins de Tawfiq Omrane


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Auteur

Economiste et historien, directeur du Centre LIBREXPRESSION, fondation Giuseppe di Vagno

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